dimanche 24 novembre 2013

Al'et l'Ouija (Chroniques...)

à Edgar Allan Poe  qui ne méritait pas ça...

L'était pourtant pas porté sur le spiritisme,ce brave Albert,l'était plutôt porté sur la bouteille si on veut mon avis.
Un jour,alors qu'il était bordélique jusqu'à l’extrême,ce bon vieux Al' décida sur un coup de tête de débarrasser l'effroyable capharnaüm qui encombrait son grenier ,il voulait s'agrandir,qu'il disait.
On en vit passer des objets tordus,périmés,de quoi alimenter toutes les brocantes de la région,dans le troquet de Sot-Les Rotules,on faisait des paris:on allait trouver quoi dans le bordel à Bébert:un Picasso,un extraterrestre momifié,des munitions de la Der des Ders,du cognac de 150 ans d'âge?
En fait rien de mirobolant ne ressortit de ces montagnes de détritus mis à part un authentique "Ouija"confectionné par l'arrière grand père du maçon,car Albert alors que sa famille s'était spécialisée dans la marqueterie avait du se rabattre sur des activités moins délicates rapport à ses grosses mains qui tremblaient et son acuité visuelle douteuse(surtout après 10 heures du matin) .
Malgré le fait qu'il soit mangé aux mites,mat,pourri par la poussière,on sentait l'objet de qualité chaque lettre,chaque chiffre et les différents symboles étaient modelés dans une essence différente avec l'inexplicable présence de bois exotiques(l'objet datant au bas mot de 150 ans),c'était sorcellerie!
Albert y pensa à la sorcellerie d'autant plus que son arrière grand mère devineresse de renom fut brûlée pour ce motif sur le tertre de Sery aux alentours de 1860.
En tous cas,ça ne coûtait rien de passer un coup de chiffon sur l'affaire,d'y appliquer un coup d'encaustique et de le décrasser,il y aurait toujours un couillon de "hipstère"pour acheter ce machin 2 ou 300 euros sinon ça ferait une base sympa pour une table basse,celle d'Ikea venant justement de lâcher.
Mais l'objet magique ne l'entendait pas de cette oreille ,sous les soins délicats de son sauveur,il se mit à émettre de douces vibrations dans les mains de l'artisan qui alla d'ailleurs illico raconter cet étrange phénomène aux piliers de comptoir du coin.
Inutile de dire qu'il se fit copieusement vanner d'autant plus qu'il avait aussi découvert de l'eau de vie hors d'âge dans son antre et qu'il en avait un copieux usage.
Quand Albert commença avec une chance insolente à gagner des sommes de plus en plus intéressantes au tiercé ,sport dans lequel il avait une solide réputation de triple buse,les gens du crû cessèrent de ricanner.
Pas bégueule,ce bon vieux Al' s'était acheté une caravane d'occasion qu'il avait richement décorée et installée sur la place du village,il y trônait sur un fauteuil enveloppant en osier dans une magnifique robe de chambre grenat,il y proposait des séances de "dialogue spiritique" pour la somme dérisoire de 5 euros.
Le modeste édifice fut rapidement pris d'assaut,on y vit même un drôle de petit bonhomme en costard cravate entouré de gardes du corps lourdement armés y faire son apparition.
Hélas,ces instants fastes ne furent qu'éphémères pour le divin sorcier.
Alors qu'il se remettait d'une de ses excursions dans l'au delà en dégustant avec dévotion un modeste beaujolais qui ne méritait pas tout d'honneurs,la bicoque astrale se mit brutalement à flamber en plein après midi,comme ça ,vlouf!
Albert n'était pas un fin électricien mais quand même...

Il ne resta rien des effroyables kitcheries que le bonze avait accumulées avec art  dans sa guitoune,par contre,au milieu des cendres et des décombres,la tablette restaurée,rutilante,brillait de miles feux,prête pour de nouvelles aventures...

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