mercredi 5 février 2014

"Compact Airlines"(2017/Perdus dans le Futur)

Bonjour(soir)
J'ai décidé de scinder 2017 en deux:une partie vraiment SF qui intégrera "Mauvaises Nouvelles du Futur" et une autre s'intitulant désormais"Perdus dans le Futur".
"Perdu" est ici à prendre au sens psychologique,voire biblique du terme;les protagonistes se retrouvent piégés dans une logique cynique et ultra libérale qui les privent,hors quelques privilégiés de toute humanité,ce ne sont que des rouages interchangeables utilisés jusqu'à leur usure extrême.
L'idée sous-jacente qui relie ces textes est la dénonciation par le biais d'exposés froids,grinçants,absurdes de la logique sociétale et économique actuelle.


Tout avait à priori été tenté au sein des compagnies aériennes pour faire baisser le coût des trajets,proposer des prix le plus bas possibles à des clients de plus en plus sporadiques et nécessiteux tout en conservant il va sans dire une marge commerciale confortable.
Les fuselages,les carlingues étaient profilées comme jamais et les bords d'attaque des ailes à géométrie variable,pilotés par ordinateur faisaient faire des économies de kérosène substantielles,on avait optimisé l'espace intérieur pour amonceler le plus de pékins possibles,on frôlait le Graal de la boîte de sardines.
Tout le poids superflu avait été viré grâce aux matériaux composites,l’intérieur des aéroplanes ressemblait donc aux entrailles d'une penderie Ikea mais ceci restait gérable sur des courtes durées.
Les gras du bide étaient punis:double tarif à partir de 120 kilos,pas de collation servie aux passagers sur les vols de moins de six heures,ce qui économisait le poids d'un terminal de réchauffage,du personnel et réglait presque intégralement la gestion des déchets.

Pendant une brève période,on tenta d'instaurer dans les compagnies low-cost  le principe du "lucky plane":pour économiser du temps et de l'argent ,les procédures de vérification à l'embarquement étaient réduites à leur plus simple expression:pas de scanners,de rayons X et toutes ces fioritures,du moment que le passeport était valable et que le comportement du sujet restait dans une gamme raisonnable ,ça suffisait.
Il fallut trois attentats et 850 morts sur des destinations certes peu prestigieuses pour que cette pratique soit abandonnée .

La seule solution restante pour gratter encore quelques euros sur la prestation était d’œuvrer à grande échelle,de proposer des avions pouvant contenir 600,800 voire 1000 passagers(ou 500 obèses) hors,à partir de 600 passagers,les dimensions externes nécessaires pour qu'un appareil traditionnel transportasse un tel troupeau devenaient rédhibitoires:temps de décollage et atterrissages trop long,manœuvrabilité réduite et hyper-sensibilité au cisaillement,aux vents traitres près des aéroports:il fallait donc pour atteindre des objectifs plus ambitieux traiter les passagers comme du fret,les empiler,les compacter.
 Répartis sur trois ou quatre étages,les gugusses pouvaient se faire véhiculer par paquets de mille;hors,problème,personne n'acceptait lors de tests préalables d'entrer dans de telles usines à touristes ,même les Japonais pourtant pas bégueules quand il s'agissait d'espace intime rechignaient.

C'est en lisant l'histoire du Joueur de Flute de Hamelin pour endormir sa petite fille qu'un technico-commercial de "Compact Airlines" trouva la solution:si les clients ne voulaient pas entrer consciemment dans leur boîte de conserve volante,il fallait stricto sensu les charmer,leur présenter l'opération sous ses dehors les plus positifs puis les assommer avec leur consentement écrit avec un solide sédatif pour pouvoir les disposer sur des sortes de lits superposés,ce qui était relativement simple en associant un cocktail relaxant à un spot publicitaire truffé d'images subliminales et d'infra-sons psychédéliques.

Compact Airlines écrasa bientôt la concurrence grâce à ses tarifs trois fois plus bas que le plus rapiat de ses adversaires directs mais avec le temps,les dosages de "fait dodo"maison devinrent plus hasardeux et la climatisation très complexe des appareils fut de moins en mois entretenue.
En Juin 2027, une crise de panique collective impliquant 2047 passagers entraîna la catastrophe aérienne la plus meurtrière de la première moitié du vingt et unième siècle  et scella le sort de la compagnie .

 

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