dimanche 23 novembre 2014

"égaré,il survit en mangeant des mouches durant deux semaines"(Ouest France)/2017

à l'occasion de la sortie du recueil de brèves journalistiques loufoques d'Adrien Gingold par les éditions Le Tripode ,un concours de nouvelles est organisé:il s'agit de créer un court récit à partir de cinq titres de presse particulièrement croustillants.
L'un d'eux m'a particulièrement plu et même si je n'ai strictement aucune chance de faire partie des finalistes,j'ai saisi cette occasion pour tenter de réanimer le cadavre de ce blog...

Passionné par l'exploration de zones urbaines désaffectées et de lieux insolites , alpiniste et spéléologue chevronné,Anton avait fait de multiples démarches auprès du service communication de l' Armée Suisse pour avoir accès à des galeries et installations anti nucléaires abandonnées afin de réaliser des prises de vues et des reportages.
C'est en discutant avec le collectif du "Null Stern Hotel"que le "touriste du chaos" comme il aimait lui même se définir eut connaissance du fait que le programme d'installation d'abris souterrains helvètes loin d'être au départ un processus murement réfléchi s'était du moins dans un premier temps fait"à l'arrache",guerre froide et menace atomique obligent.
Il existait donc des dizaines voire même des centaines de kilomètres de galeries laissés à l'abandon pour des raisons techniques ou de logistique qui constituaient autant de témoignages de la paranoïa des années 50 avec parfois,cerise sur le gâteau du matériel de survie laissé sur place et probablement enluminé d'une respectable gangue de rouille et de sédiments,du pain béni pour l'explorateur...
Il fut répondu à Anton que seul le service de presse de l'armée était habilité à communiquer sur des sites sensibles et que lui seul pouvait décider de ce qu'il était souhaitable de montrer au grand public.
Dommage.

Anton ,dépité,finit par ne plus penser à ces "cavernes miraculeuses" d'autant que l'explosion de la centrale nucléaire de Fessenheim en décembre 2017 lui donna l'occasion de rapporter des images chocs au péril de sa vie simplement vêtu d'une combinaison jetable blanche de chimiste.
L'hiver 2017-2018 fut particulièrement atroce et si les moins 25 degrés qui avaient grippé les mécanismes de refroidissement de la centrale étaient déjà exceptionnels,on eut le droit en février à des températures descendant sous les moins trente degrés alors que les piétons se baladaient en T-shirt sur la côte Ouest des États Unis!
Anton trouva grâce à ces aléas climatiques une occasion unique d'avoir accès aux tunnels militaires en effet,le froid intense provoqua une rétractation des roches sises sous le Glacier du Rhône libérant un accès via de nombreuses crevasses à la partie la plus ancienne donc la plus intéressante du réseau anti-atomique.

Muni d'une solide dose de courage et d'inconscience et d'équipements de survie et d'alpinisme dernier cri sans oublier du matériel de capture de son et d'image bricolé pour fonctionner dans des conditions extrêmes,Anton,sans prévenir personne et n'emportant que deux jours de ravitaillement s'engouffra dans la brèche la plus tentante;bien que farouchement déterminé,il ne se faisait pas d'illusions:il allait pénétrer illégalement sur un site militaire et ne tarderait pas à se faire repérer par une caméra ou une alarme thermique ou volumétrique.
En fait,il n'y eut bizarrement aucune anicroche,la descente entre les parois abruptes de glace se fit comme lors d'un vulgaire entrainement malgré le froid encore vif .
Arrivé dans ce qui était manifestement une cavité artificielle,Anton tenta un coup de poker:il se mit à faire le plus de bruit possible pour être fixé dès le début:allait il se faire serrer comme un vulgaire voleur de mobylette ou pouvait il raisonnablement espérer d'arpenter les lieux suffisamment longtemps pour en ramener un témoignage solide?
Il ne se passa rien:pas le moindre drone,pas la moindre petite loupiote dissuasive,pas de gaz,pas de vigile blasé à moitié endormi qui aurait pu refroidir ses ardeurs...
Ravi,l'explorateur se mit donc à déambuler dans les lieux prenant soin à chaque intersection de faire de larges marques avec une craie grasse .

La chance lui sourit presque immédiatement car Anton tomba rapidement sur une salle remplie de matériel médical version années 60:table d'opération,chaise de dentiste avec tous ses attributs,des bonbonnes de gaz,plus troublant,une série de bocaux ou de fioles refermant probablement de échantillons de tissus et de muscles-le temps avait rendu le liquide de conservation aqueux et légèrement opaque,le liquide était,exposition à l'air extérieur oblige en train de geler.
Allant de découvertes scabreuses en trouvailles étonnantes,Anton bientôt ne se contrôla plus et se mit à descendre de plus en plus profondément filmant et photographiant de façon frénétique dans le complexe en marquant ses itinéraires de façon de plus en plus sporadique et fantaisiste.
Ce n'est que quelques heures plus tard,quand la faim et la soif le sortirent de sa transe que l'intrépide promeneur se rendit compte qu'il n'avait plus aucune notion d'où il se situait par rapport à son point de départ et par rapport à la surface.
ne se démontant pas pour autant car ayant déjà vécu des situations similaires lors d'espades plus ou moins recommandables,Anton se résolut d'abord à "recharger ses batteries"à savoir s’offrir une solide collation puis s'accorder une bonne petite sieste rendue possible par des températures souterraines plus clémentes et un duvet minimaliste mais efficace qui aurait fait baver d'envie plus d'un randonneur.
Reposé et repu,il décida d'adopter la démarche la plus simple possible:puisqu'il avait descendu sans doute plus d'une dizaine de niveaux,le plus logique serait dans un premier temps de chercher à remonter jusqu'à ce qu'il retombe soit sur du matériel de télésurveillance dont il n'avait honnêtement détecté aucune trace jusqu'ici soit sur l'un de ses signes cabalistiques.
Anton remonta sans doute car il accédait à des zones de plus en plus froides mais malgré sans doute des dizaines de kilomètres d'efforts,il ne parvint jamais à retrouver ne serait qu'une seule de ses marques.
Privé de ressources,surtout alimentaires car de l'eau commençait à suinter des parois suite à un réchauffement climatique aussi inexplicable que le climat sibérien  le précédent,le malheureux finit par tomber sur une série de réfrigérateurs d'un autre temps dont on n'avait pas pris la peine de vider le contenu .
Leurs ressources n' étaient bien entendu plus comestibles depuis des décennies mais était curieusement colonisées par d'étranges mouches aveugles et translucides.

Quand les sauveteurs alertés par un article de blog antidaté posté par mesure de sécurité décrivant le projet exploratoire  trouvèrent le malheureux dans cette immense réserve privé de lumière et complètement délirant ,ils comprirent avec stupéfaction la raison de sa survie dans des conditions aussi extraordinaires:il s'était nourri de ces répugnants insectes deux semaines durant continuant d'errer dans ce sinistre labyrinthe où cette fois ci,il avait gravé de larges marques pour pouvoir retrouver en cas d'échec son"garde manger".
Aucun scientifique n'est jusqu'ici parvenu à expliquer la présence de ces mouches différentes génétiquement de toutes les autres espèces connues à plusieurs centaines de mètres sous le massif montagneux.
En l'honneur de son involontaire découvreur,elles furent nommées"Musca Antonica"


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