lundi 5 janvier 2015

Figurant de supermarché (2017/MNDF) 1ère partie

Quand je vis fondre sur moi le vigile grand format du Crevarmarket,je compris rapidement que le reste de la journée serait plutôt pénible.
J'allais rapidement me manger une douche gazeuse au poivre et être propulsé à coups de pompe dans le cul dans un bureau obscur orné de dizaines de caméras.
Le sbire avait pourtant de prime abord l'air plutôt détendu voire bonhomme,faut dire que physiquement je faisais un peu nain de jardin à côté;quand il m'a invité du traditionnel "si vous voulez bien me suivre",je n'eus pas l'audace de décliner.
D'une main souple l'employé me conduit vers un petit espace technique sis au deuxième étage de la structure où m'attendait une sorte de commercial limite débraillé tout sourire et brillant de gomina,j'avais du mal à comprendre cet accueil vu que je m'attendais en toute logique à subir un sermon rapport à ma sale manie de quelquefois améliorer l'ordinaire de mes fins de mois en glissant des boîtes de sardines ou de pâté dans mon calbute,j'avais fini par croire que les surveillants se contrefoutaient de ces minis larcins et qu'ils ne daignaient chopper les indélicats qu'à partir d'un certain préjudice où lorsqu'il y avait manifestement un abus,genre vol de parfum ou de spiritueux. 

Le commercial commença à me sourire avec des dents carnassières,il renvoya d'un geste ample et avec une certaine suffisance le meuble humain qui m'accompagnait.
-" Détendez vous cher ami"-entendis je un peu abasourdi-"j'ai cru comprendre que vous aviez comme un nombre croissant de nos clients de petites difficultés financières"
-Je...
-"Rassurez vous,nous n'aurons pas la mesquinerie de vous reprocher la présence malencontreuse de quelques uns de nos articles dans vos poches lors de certains de vos passages en caisse,j'ai moi même ainsi que nombre de nos collègues été étudiant.
D'ailleurs,si vous avez de plus en plus de mal à surseoir à vos besoins alimentaires,nous en sommes en partie fautifs-quand je dis "nous"je parle de toutes les chaînes de supermarchés,ce n'est pas une politique "maison",croyez le!-"
-Ah?
-"Suivez mon raisonnement:vous êtes bien d'accord avec moi qu'il y a toutes tranches horaires confondues de moins en moins de clients dans les linéaires".
-"C'est vrai"-dis en essayant de trouver à la fois une contenance et une position confortable dans le mauvais fauteuil de bureau en skaï qu'on m'avait attribué.
-Hors qui dit moins de clients,dit moins d'achats et plus de pertes,adieu les bénéfices...
-Oui
-"On peut jusqu'à un certain point rogner sur la présence humaine ,le personnel,on peut essayer d'essorer au maximum nos fournisseurs mais il y a quand même une limite:il faut que la boutique continue à tourner décemment et on ne peut pas absolument vendre de la merde,on est quand même en Europe,bordel! "
-"Ne le prenez pas mal mais si j'ai bien compris,le seul moyen qu'il vous reste pour pouvoir continuer à faire des bénéfices est donc d'augmenter vos prix"
-"Voilà,mais comme votre présence ici en atteste ,ce n'est plus une stratégie viable"
-"Trop de vols?"
-"Mais,non,pauvre naïf,ce ne sont pas quelques bouteilles de whisky,deux ou trois boîtes de thon et une paire de soutien gorge qui nous mèneront à la faillite,vous me faites rire avec vos sardines,j'ai déjà reçu ici des gugusses qui essayaient de repartir d'ici avec dix bouteilles de vin,trois kilos de barbaque -et pas de la merde,croyez moi- mais même cela n'est rien,ça ne fait même pas un pour cent,c'est calculé dans les marges;non,le problème c'est que le client croit qu'il ne peut plus payer,on a exploité le filon à fond et si on ne fait rien,tout ceci va rapidement partir en sucette!"
-"Je ne comprends pas où vous voulez en venir..."
J'avais apparemment vexé le représentant car il se mit soudain debout en envoyant dinguer contre le mur un fauteuil cuir et bois massif qui devait pourtant faire dans les trente kilos,je me mis furtivement à regretter de ne pas m'être fait tout simplement pourrir par un rageux devant le ramassis de ploucs qui hantaient habituellement cet endroit et de m'être pris deux ou trois coups de taser dans la gueule histoire de m'apprendre les bonnes manières.

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